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© Hamiddedine Bouali
Du 16 mars au 28 juin 2012 à l’Hôtel de région
Une exposition présentée par la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur
Commissaire de l’exposition : Alain Mingam
Hôtel de Région, 27 Place Jules Guesde 13002 Marseille
ENTRÉE LIBRE – Du lundi au vendredi de 9 h à 19 h
(fermeture exceptionnelle les 11, 12 et 13 avril 2012 et jours fériés)
Renseignements : 04 91 57 52 11
Voir le plan d'accès
Interview d'Alain Mingam sur le printemps arabe
Printemps Arabe - Télématin - France 2
"Une série d'images à couper le souffle" publié dans "La Marseillaise" (610Ko)
"La révolution en images à l'hôtel de Région" publié dans "La Provence" (450Ko)
Du 16 mars au 28 juin 2012 à l’Hôtel de région

Le 17 décembre 2010, à Sidi Bouzid en Tunisie, l’immolation par le feu de Mohamed Bouazizi, jeune diplômé et chômeur, concourt au déclenchement de la révolution tunisienne. Il s’ensuit une vague de révoltes qui va parcourir le monde arabe jusqu’à certains Etats du Golfe. Très rapidement, les manifestations, essentiellement non violentes, gagnent les pays voisins, l’Égypte et la Libye. Les peuples se soulèvent contre des régimes dictatoriaux et la corruption de leurs dirigeants. Ces révoltes prennent de court non seulement les régimes de ces pays, mais aussi les chancelleries occidentales généralement assurées de la solidité des gouvernements en place. Ces révoltes soudaines étaient pourtant nourries d’un long mécontentement, de frustrations, d’une aspiration trop longtemps comprimée à la liberté. La chute rapide des présidents tunisien et égyptien, considérés comme des remparts contre l’islamisme radical, a pris au dépourvu nombre de capitales qui ont tardé à réagir.
Les peuples osent manifester. Ils n’ont plus peur. Toute une jeunesse clame sa soif de reconnaissance, de dignité, d’emplois. Derrière le cri « Dégage », c’est un système que dénoncent et répudient les manifestants, à des degrés divers selon les pays. Le mouvement ne prend pas partout la même ampleur.
L’aspiration à la démocratie va prendre différentes voies et connaître des situations très contrastées. Alors que des gouvernements prennent des mesures, engagent des réformes permettant de satisfaire, plus ou moins, les revendications, la réponse a été la répression et la violence en Libye, provoquant une intervention extérieure sous l’égide des Nations unies, et, surtout, en Syrie, avec des risques de divisions et de guerre civile.
La transition est difficile quand les économies sont désorganisées, que les partis doivent se reconstituer. La Tunisie et l’Egypte ont organisé leurs premières élections démocratiques. Quels qu’en soient les résultats, l’enjeu et les défis seront bien la mise en place d’un fonctionnement démocratique, respectueux des libertés.
Une nouvelle page s’ouvre pour le monde arabe après celle qui a commencé à s’écrire au lendemain de la deuxième guerre mondiale. La décolonisation avait été déjà cette grande aspiration à la liberté des peuples assumant leur propre destin. Elle s’inscrit dans une longue histoire avec ses périodes d’expansion, d’autres de repli, qui participe d’une histoire commune faite des relations et des échanges avec les pays et les mondes voisins.
Il est incontestable que l’année 2011, très mouvementée, a été marquée par les révolutions arabes qui ont eu un écho dans le monde entier et dans des pays très éloignés.
La Région Provence-Alpes-Côte d'Azur, qui tisse depuis plusieurs années des relations de coopérations avec le monde méditerranéen, a souhaité évoquer ces événements déterminants, qui nous concernent très directement par ce que nous partageons avec l’ensemble des pays de la Méditerranée, par notre communauté de destin. Pour mieux comprendre ces événements, une exposition sur le «Printemps arabe » est présentée à l’Hôtel de Région.
La scénographie, en offrant un large panorama de cette année cruciale et des évolutions en cours, se propose de faire revivre ces moments historiques par les images, les textes, les vidéos, complétés par des éléments d’analyse de manière à ce que chacun se fasse sa propre opinion. Ce mouvement étant toujours en marche un espace est dédié à l’actualité des pays arabes.
L’exposition veut favoriser une prise de conscience collective des enjeux démocratiques pour la Méditerranée mais aussi au-delà, car la démocratie est une valeur toujours menacée, toujours à construire. En définitive il s’agit bien de rendre un hommage à ceux qui résistent aux oppressions et défendent partout la liberté, la justice, la dignité de l’être humain, de rendre hommage à ceux, quels que soient leur pays et leur culture, qui donnent un sens au beau statut de citoyens du monde.

Président de la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur
Du 16 Mars au 28 juin 2012, un état des lieux des révolutions arabes en marche est proposé aux citoyens de Provence Alpes Côtes d’Azur et à toutes les communautés qui font la richesse culturelle de Marseille et de la région. C’est une sélection de reportages photographiques et de films documentaires qui offrent une lecture chronologique et détaillée des événements les plus marquants de l’année écoulée.
Tous les photographes, documentaristes et journalistes, ici présentés ont souvent, au prix de tous les risques, vécu au plus près des tensions qui, de la place Tahrir au Caire, sur l’avenue Bourguiba à Tunis ou dans les faubourgs de Homs en Syrie, au Bahreïn ou à Sanaa au Yémen, ont rythmé ces quêtes de libertés fondamentales.
C’est un parcours non initiatique, mais pédagogique qui permet de comprendre comment les peuples en révolution permanente ont mis en première ligne toutes celles et ceux qui ont réussi à briser les chaînes de la soumission.
Pas un seul jour, sans que la prolifération des images de ces euphories révolutionnaires, ne témoigne des bouleversements en cours, permettant à « Facebook » et aux réseaux sociaux de jouer le rôle capital qui leur est aujourd’hui reconnu à l’intérieur et au-delà des frontières.
Hamiddedine Bouali, Alain Buu, Patrick Chauvel, Pedro Da Fonseca, Luca Dolega, Antoine Gyori, Olivier Jobard, Augustin Le Gall, Emilio Morinetti, Rémi Ochlik, Caroline Poiron, Johann Rousselot, Alfred et Raphaël Yaghobzadeh , Yuri Kozyrev et les 14 photographes rassemblés par l’agence Noor au Caire : Mohamed Messara d’EPA (Algérie), Maher Malak Iskandar (Egypte), Mohammed El Mashad et Sardasht Aziz Mahmoud (Iraq), Anas Damra Fadi Ezzat, Muhammad Abdel Ghany et Myriam Abdelaziz (France ), Amira Murtada (Jordanie), Abdellah Hiloui (Maroc), Chafik Arich et Yusef Ajlan (Yémen), Omrani et Jameel Subay (Tunisie), tous les envoyés spéciaux de l’agence Reuters avec Goran Tomasevic (Serbie), comme Patrick Baz avec ses collègues de l’AFP, témoignent du succès des élections précédées dans certains pays par les violents combats qui ont jalonné ce dur chemin vers la démocratie.
Cette longue conquête du respect premier de la dignité étouffée pendant tant d’années par les dictateurs enfin déchus, trouve toute sa place dans l’espace réservé aux causes des révolutions.
Les best off des observateurs de France 24, comme ceux « d’Envoyé spécial », le documentaire sur l’Egypte d’Amal Ramsis « Interdit », les témoignages poignants de l’association «Human Rights Watch», les reportages de l’agence Capa avec «Effet papillon» plus que percutant, les incursions clandestines de Manon Loizeau et de Paul Moreira dans la ville de Homs en Syrie, devenue capitale de la résistance au régime de Bachar el-Assad, le témoignage de Sofia Amara dans « Syrie : Les coulisses de l’enfer» trouvent tous plus qu’un écho, une justification criante de vérité.
Ce sont en effet les cris mêlés de toutes ces révolutions entre slogans et chants révolutionnaires qui, grâce à la bande son de Nicolas Mathias de Radio France, accueillent les visiteurs. Afin que chacune et chacun d’entre nous puisse vivre dans sa chair à fleur de peau, l’engagement citoyen sans faille de toutes ces populations partageant la même soif de démocratie.
Dans un même élan de solidarité sans frontière aucune, ni de race ni de religion à l’égard de tous les droits de l’homme emportés dans le tourbillon du sirocco religieux qui souffle en période post-électorale, Jean-Pierre Perrin (Libération) et Hala Kodmani, écrivains et journalistes, nous expliquent avec leur sagacité habituelle les enjeux essentiels de ces bouleversements tant espérés et craints à la fois par un occident de trop courte mémoire. Et selon l’expression qui fait fureur, « dégagent » les menaces qui pèsent sur le statut de la femme, la liberté de conscience et de culte, le respect de la laïcité, du principe de justice et d’égalité.
L’exposition est plus qu’un constat factuel du bilan en l’an I des révolutions les plus importantes du début du XXI siècle. Toutes les cimaises portent en elle le parfum du printemps qui a vu naître la 1ère révolte populaire en Tunisie pour lui donner le souffle d’une évidente solidarité universelle. Plus que jamais nécessaire face à la réalité dramatique des répressions qui en Syrie insultent le présent et menacent l’avenir de toute une nation.
Les écrans de France 24 en français et en arabe d’une part, de l’agence Reuters d’autre part, seront dès l’entrée les vigies d’une actualité en marche. Et France Info, Polka magazine, Médiapart avec l’interview du nouveau Président tunisien Moncef Marzouki , Libération au delà de la collaboration de Jean-Pierre Perrin et d’Hala Khodmani, s’en feront l’écho auprès du grand public.
Huit envoyés spéciaux : Luca Dolega, Tim Hetherington, Chris Handros, Anton Hammerl, notre confrère syrien Shoukri Ahmed Ratib Abu Bourghoul, Gilles Jacquier, Rémi Ochlik et Marie Colvin, ont ajouté leur nom à la liste par milliers des victimes qui ont payé de leur vie l’espoir d’un monde meilleur.
L’exposition se devait d’être aussi un vibrant hommage à tous ces combattants de la dignité.
Alain Mingam
Commissaire de l’exposition
Les 14 photographes rassemblés par l’agence Noor au Caire :
ainsi que tous les envoyés spéciaux de l’agence Reuters avec Goran Tomasevic (Serbie), et Patrick Baz et ses collègues de l’AFP.
Les réalisateurs
Les chercheurs
Alain Mingam, Commissaire de l’exposition, remercie tout particulièrement :
Michel Vauzelle,
Président de la Région Provence- Alpes Côte d’Azur
Gérard Bodinier, conseiller du Président
Nathalie Bonsignori, directrice de l’Information
Martine Chevalier, chef de projet et toutes l’équipe de la Direction de l’Information
Maddalena Giovaninni , architecte scénographe
Jean-Pierre Perrin, grand reporter à Libération.
Hala Kodmani, journaliste franco-syrienne
Manon Loiseau, Capa
Sofia Amara et Marc Berdugo, Magneto presse
Jean-Michel Rodrigo et Amal Ramsis, Mecanos production
Hamiddedine Bouali, photographe tunisien
Claudia Hinterer et Sonia Jeunet, agence Noor
Francisco Zizola et Valentina Tordoni, 10b Photography
Estelle Veret, Jérôme Pelet, Fabrice Bessière, agence Reuters
Vaclav Neumann, agence AFP
Marie–Pierre Lannuzel, iconographe
Pierre Moutet, Central Color et toute son équipe
Steeve Bauman et Pascal Manoukian, Capa
Paul Moreira et Pedro Da Fonseca, Premières lignes
Julien Pain, Nathalie Lenfant , France 24
Jacques Peron, Editions du Layeur – Alif « Dégage , La révolution Tunisienne »
Nicolas Mathias, Radio France
Mireille Le Maresquier , Romain Beignon, France Info
Nicolas Demorand, Pierre Hivernat, Libération
Christophe Montagnier, L’Atelier et son équipe
Ghyslaine Chenu et Françoise Joly, Envoyé spécial France 2
Sans eux, pas de manifestations, pas de soulèvement et pas de révolution. C’est pourquoi les chebab, tantôt gamins des rues, tantôt étudiants mais toujours en première ligne, ont payé au prix lourd leur engagement dans la contestation démocratique. C’est d’ailleurs le sacrifice de l’un d’eux, Mohamed Bouazizi, qui, le 4 janvier 2011 s’est s’immolé par le feu à Sidi Bouzid, qui a provoqué les premières émeutes en Tunisie, enclenchant le processus qui allait conduire au départ du président Ben Ali. Auparavant, en Egypte, à Alexandrie, le lynchage à mort, en juin 2010, par la police du jeune blogueur Khaled Saïd avait déjà réveillé les consciences. Ces gavroches seront aussi le fer de lance de la révolution libyenne allant s’offrir à Benghazi aux balles de l’armée de Kadhafi avant de constituer les premières brigades armées rebelles. A Bahreïn et au Yémen, aussi, ils payeront un lourd tribut à la répression. Mais le pire demeure la Syrie où le régime de Bachar al-Assad s’emploie à les briser par des emprisonnements dans des conditions terribles et des tortures systématiques. Leur modèle? Les chebab palestiniens qui, lors de deux intifada, avaient osé défier la puissante armée israélienne. Puis ceux d’Algérie qui, en octobre 1988, avaient ébranlé la dictature algérienne.
Jean-Pierre PERRIN
Journaliste à Libération
Sans les femmes, les rassemblements qui ont fait le printemps seraient restés bien ternes. Balayant les clichés, elles en font ressortir les couleurs. Celles des drapeaux de leur pays qu’elles agitent ou peignent sur leurs visages ou celles des foulards turquoise, fuchsia ou imprimés couvrant leur tête.
Révolution dans la révolution, les femmes arabes ont manifesté, distribué des tracts, dormi sous des tentes, harangué les foules, hurlé contre leurs dirigeants, affronté les gaz lacrymogènes et subi la répression.
Plus étonnante que pour les Tunisiennes ou les Egyptiennes, la « sortie » des Libyennes ou des Yéménites, auparavant cloitrées chez elles, confirmait le bouleversement dans leurs pays.
Quant aux Syriennes, elles ont commencé par manifester en portant des fleurs et de l’eau parfumée au nom d’une révolution qu’elles voulaient pacifique. Mais la sauvage répression ne les a pas épargnées. Arrêtées, torturées, violées ou au mieux exilées, elles ont accédé à l’égalité sous les bombes qui les atteignent sans discrimination.
L’implication des femmes dans les révolutions arabes devrait logiquement faire avancer leurs droits. Or, comme avant elles les Algériennes qui avaient participé à la guerre d’indépendance ou les Iraniennes à leur révolution, certains veulent leur signifier que leur tour de scène est terminé, qu’elles doivent rentrer à la maison ou se cacher derrière des voiles.
Quand une manifestante au Caire a été tabassée puis trainée dévêtue par des hommes casqués des dizaines de milliers de femmes sont redescendues avec un carton rouge : « La femme d’Egypte : une ligne à ne pas franchir !» Solidaires dans leur diversité, cheveux au vent, têtes couvertes ou même visages voilés, elles se sont donné la main, illustrant le pluralisme politique et social qu’elles revendiquent.
Maintenant qu’elles connaissent le chemin de la contestation et le goût de la liberté, les femmes arabes ne devraient plus subir sans redire. Comme tous les autres révolutionnaires, elles savent qu’il faudra encore plusieurs printemps et des saisons rudes avant que ne murissent les fruits de leurs combats. Révolution, liberté, égalité, dignité ou justice, en arabe comme en français, sont des noms féminins.
Hala Kodmani
Journaliste franco-syrienne
Victimes collatérales du printemps arabe ou misérables opportunistes, des dizaines de milliers de réfugiés ou de migrants se sont retrouvés sur les routes désertiques ou maritimes à la suite des révolutions et des conflits en Afrique du Nord, notamment.
Des rafiots remplis en majorité de tunisiens ont emprunté en février 2011 une Méditerranée démontée, parcourant les 60 milles nautiques depuis la ville de Sfax jusqu’à l’île italienne de Lampedusa. « Certains sont parvenus à toucher terre : ils ont fait sécher leurs vêtements, ont remis leurs chaussures et se sont dirigés vers le premier bar venu pour y manger quelque chose de chaud » décrivait le reporter du quotidien La Stampa. Mais dans certains de ces bars, le café devait être servi dans des gobelets en carton "parce que les clients d'ici refusent de boire dans les tasses dans lesquelles ils ont bu" ont rapporté des témoins.
Car beaucoup en Europe obnubilés par les fantasmes et habitués à ne voir dans les évènements du monde arabe que les dangers pour leur sécurité ont paniqué devant cet afflux de « clandestins ». La distinction entre un immigré et un réfugié fuyant la féroce répression de Kadhafi n’a pas toujours été faite.
C’est un tout autre accueil qui a été réservé au sud de la Tunisie aux dizaines de milliers de travailleurs de diverses origines affluant aux frontières de la Libye où les combats faisaient rage. Africains, Arabes ou Asiatiques, tous ces hommes partis chercher fortune très loin de chez eux, se sont retrouvés, avec ou sans bagage, sous des tentes dressées dans le désert par les organisations humanitaires, faisant la queue tantôt pour une bouteille d’eau, tantôt pour un casse-croute badigeonné de Harissa. Une hiérarchie fondée sur les moyens de chacun de leurs pays s’est révélée déterminante pour le sort de ces déplacés. Alors que les ressortissants chinois ou coréens ont été rapatriés rapidement par leurs gouvernements, les Bengalis eux, ont du attendre longtemps et compter sur les secours internationaux. Quant aux Libyens, ils ont été accueillis en frères par leurs voisins tunisiens qui leur ont ouvert les portes de leurs maisons et de leurs écoles.
Hala Kodmani
Journaliste franco-syrienne